Concurrents ou pas ?

D’abondants échanges électroniques sur le thème d’une prétendue concurrence entre Google et le Géoportail ont eu lieu depuis 2006 ; par moments oublié, ce thème refait parfois surface en certaines occasions. C’est ainsi que le lancement fin juillet 2009 du site web indien Bhuvan, plate-forme publique de consultation d’images satellitaires, a permis de relancer ce thème, véritable « marronnier » qui, parti du Royaume-Uni, est allé faire tour de l’Asie pour finalement revenir en Espagne. Curiosités, voir le terme « Geoportail » en caractères latins au milieu de textes en idéogrammes (http://news.163.com/09/0816/04/5GQGC0OO000120GR.html) ou autres systèmes d’écritures bien méconnus sur les terres du héros-malgré-lui de ces billets propagés à la vitesse de l’internet.

Qu’en est-il donc ? Coup d’œil en arrière

L’histoire remonte à 2005 environ et au lancement des services Google maps et Google Earth ; ce vrai succès a été suivi en 2006 du lancement du Géoportail, faisant suite à la prise en compte normale par l’IGN de la question de la diffusion de la cartographie par les réseaux d’entreprise et le web et, il est vrai, répondant de fait à l’arrivée d’un nouvel acteur cartographe. Sans doute y eut-il quelques paroles imprudentes, répétées de trop nombreuses fois sans examiner de trop près s’il pouvait y avoir eu emportement littéraire et sans interroger vraiment la réalité de la situation. Pourtant, il avait été clairement exprimé dès février 2006 qu’il y aurait un Géoportail et qu’il ne serait pas concurrent de Google Earth. Cette expression est encore en ligne, accessible à tous 24/7, librement et gratuitement hors coûts de connexion, mais curieusement jamais rappelée ni commentée : http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39314659,00.htm?xtor=1 ,
Je corrige donc cet oubli.

Regard sur le présent

Par ailleurs, une consultation pas trop approfondie du web nous enseigne qu’en 2006, Google a généré 2 milliards d’euros de recettes nettes pour 7 milliards de chiffre d’affaires alors que l’IGN a dépensé fort administrativement 130 millions d’euros provenant pour moitié environ de recettes commerciales ou assimilées, et pour autre moitié de subvention de l’Etat ; depuis 2006, environ 3 millions par an sont dépensés pour le Géoportail, hors coût internes (coûts salariaux d’environ vingt personnes) et hors valeur des fonds cartographiques mis en ligne.

Depuis 2006, les succès commerciaux de Google ont considérablement accentué cette différence de situations financières qui sont en réalité incomparables, Google obtenant ses recettes sur le marché mondial de la publicité en ligne alors que l’IGN vend des produits et services d’information géographique sur le marché français.

Autre différence, l’IGN est un établissement public de l’Etat français à caractère administratif alors que Google est une société de droit américain, cotée en bourse depuis 2004 et ayant une filiale en France. Enfin, Google a investi un domaine d’activité lui permettant d’aller vers les secteurs porteurs avec une grande réactivité alors que l’IGN, en tant qu’établissement public chargé de missions, est censé assumer celles-ci au service de l’intérêt général, avec les moyens que l’Etat lui fournit ou l’autorise à aller chercher lui même sur le marché mais sans déroger au cadre budgétaire fixé par la loi.

Un peu de cartographie

Il reste que, chacun dans son rôle, Google maps et le Géoportail présentent des cartes aux internautes et que ce dernier est tout à fait bien fondé à comparer les résultats. Ce lien http://twurl.nl/fedt7h semble montrer qu’en effet l’internaute hésite et compare tour à tour. Le Géoportail ayant progressé en qualité de service depuis 2006, il est maintenant devenu facile de comparer les services rendus par Google et par le Géoportail pour un même lieu situé en France : à chacun ses comparaisons, il y a de quoi nourrir des milliers de pages de blogs. Ce faisant, on s’apercevra que Google présente maintenant les orthophotographies du RGE éditées par l’IGN dans le cadre de ses missions de service public.

Conclusions

Tout ceci tend donc à démontrer qu'il est vain de vouloir opposer les excellents services de Google -ou d'autres entreprises privées, grandes ou petites- à une nécessaire action publique; ce genre de situation est plutôt à penser en termes de complémentarité et de projets mutuellement avantageux pour un meilleur service aux clients, au usagers, aux citoyens, …nous quoi, les « vraies gens ».

En Europe, ce sujet devrait encore ressurgir à la faveur des nouveaux services de cartographie que chacun des Etats membres de l’Union européenne doit mettre en place en application de la directive INSPIRE. Ailleurs, d’autres « Bhuvan » donneront certainement lieu à d’autres bourdonnements intercontinentaux, donnant ainsi au Géoportail une notoriété sans rapport avec la modestie de son ambition.